Eleganza au Musée McCord

Article par : Annie Dion-Clément —

Cette exposition termine le 25 septembre 2016 !  Profitez-en !

Eleganza au Musée McCord, la philosophie italienne du vêtement
Ayant découvert l’histoire de l’art à travers la photographie de mode vers l’âge de 12 ans avec l’avènement des Top modèles au début des années 1990, j’ai toujours été fascinée par les tissus, les couleurs et la forme des vêtements. Je suis me suis très tôt intéressée aux valeurs dont les vêtements étaient porteurs. Cette semaine, j’ai eu le bonheur de découvrir et de méditer sur les tenues italiennes somptueuses présentées au Musée McCord.

L’exposition Eleganza retrace l’histoire de la mode italienne de 1945 à nos jours. Au milieu des années 40, la couturière de quartier que l’on appelle sarta demeure essentielle dans la confection de vêtements. Ces derniers sont toujours fabriqués à la main en Italie et ils sont inspirés des tendances américaines de l’époque. Aux États-Unis, les modèles de prêt-à-porter, vêtement réalisé comme un produit fini et non fait sur mesure, sont déjà sur le marché.

Étant en difficulté financière après les années de guerre, l’Italie bénéficie du plan Marshall pour reconstruire son économie et la mode devient un secteur de choix pour contribuer à ce projet. À Florence, Giovanni Battista Giorgini organise les premiers défilés de mode italienne qui auront des échos sur la scène internationale. La Sala Bianca du Palais Pitti, une pièce ornée de tableaux et de magnifiques détails est réservée pour présenter les collections des créateurs de toutes les régions du pays.

Modele_Simonetta_webHistoire de femmes
Dans la première partie du parcours, j’ai été enchantée de lire les cartels présentant les robes des années 40 et 50 qui rappelaient l’histoire de leur dessinatrice. J’ai ainsi fait la connaissance de la duchesse Simonetta Colonna di Cesarò. Pendant la guerre, elle est incarcérée pour s’être opposée au fascisme. En 1946, elle ouvre son atelier de couture à Rome et elle participe au défilé de Giorgini. Dans les salles du Musée McCord, on expose un modèle de robe Simonetta au tissu rigide et au reflet métallique avec une silhouette évoquant le trapèze. Un prototype de couleur rose saumon fabriqué de satin et de chiffon de soie est également présenté en vitrine.

Une robe noire en satin composée de plis en dentelles merveilleusement disposés dévoile au spectateur l’œuvre des couturières Anna Carmeli et Manette Valente. Ces deux femmes réputées pour le raffinement de leur robe de soirée créent la Maison Vanna à Milan et elles participent au défilé de Giorgini.

Modele_vanna_schubert_webIcône du cinéma et mode italienne
Mon film préféré étant Vacance romaine tourné dans les studios de la Cinecittà à Rome et mettant en vedette Audrey Hepburn, j’ai été heureuse d’apprendre que certaines des tenues portées par la comédienne avaient été conçues par des dessinatrices italiennes. Il en est de même pour Anna Magnani qui obtient un grand succès dans le film Rome, ville ouverte de Rossellini et Sandra Milo dans le film Huit et demi de Fellini. Elles portent toutes deux les tenues de Maria Antonelli qui lance sa collection Antonelli sport en 1958, une première ligne de prêt-à-porter, et dont le succès retentit à travers l’Europe.

Des modèles italiens chez Henry Morgan à Montréal
Dans les années 1950, les modèles de robe en dentelle de la créatrice Gina Noberasco sont vendus dans les grands magasins à rayons américains et canadiens, notamment à Philadelphie chez Gimbels et à Montréal chez Henry Morgan. Morgan, immigrant écossais installé à Montréal ouvre avec son associé David Smith en 1845 un premier magasin de vente au détail sur la rue Notre-Dame. À son commencement, l’entreprise se spécialise dans la vente de tissus divers, de laines et d’articles pour faire de la couture. En 1891, Henry Morgan décide de faire construire une nouvelle bâtisse pour son entreprise au coin des rues Sainte-Catherine et Côte du Beaver Hall dans le quartier cossu Golden Square Mile. Morgan décide de proposer la vente de ses produits par catalogues. Ces catalogues sont publiés à deux reprises durant l’année, au printemps et à l’automne, et ils présentent des descriptions des produits, des dessins de mode, des photographies, des modèles de chapeaux et de sacs à main. L’édifice Henry Morgan abrite aujourd’hui le magasin La compagnie de la Baie d’Hudson.1

Des années 70 à nos jours
Dans les années 1970, un nouveau métier apparaît, celui de styliste. Le styliste doit élaborer non seulement des tenues, mais aussi une tendance vestimentaire et une collection pour chaque saison. Le prêt-à-porter griffé voit ainsi le jour. Au cours de cette période, les Italiens lancent une campagne de marketing faisant la promotion de leur culture à travers des produits dans les secteurs du cinéma, des arts, de la gastronomie et de la mode. Cette grande entreprise se nomme Fabriqué en Italie. Ce nom permet d’inscrire le pays sur la mappe dans les domaines stylistiques et artistiques. Il fait encore sa renommée.

Le vêtement comme objet d’art
Au fil des décennies, avec ces robes aux tissus élégants et précieux et ces tailleurs pour hommes, les créateurs et créatrices de mode italienne éveillent nos sens et nous initient au vêtement comme un objet d’art. Ils font rêver les spectateurs et spectatrices autant ceux et celles assistants aux défilés que les passants sur la rue croisant la vitrine d’une boutique ou moi-même parcourant les salles d’un musée montréalais. Avec ce chic, cette rigueur dans les détails et cette recherche au niveau des formes, les dessinateurs veulent rappeler le talent et le savoir-faire des Italiens en matière de confection de vêtements qui remonte à une tradition historique lointaine dans la création de costumes.

L’exposition Eleganza – La mode italienne de 1945 à aujourd’hui est présentée au Musée McCord jusqu’au 25 septembre 2016. C’est à ne pas manquer !

 

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